Pourquoi on croit avoir moins dormi

L'écart entre « je n'ai pas fermé l'œil » et ce que montre un enregistrement est mesuré, et il a un nom.

C'est l'une des observations les plus constantes du domaine : ce que les gens déclarent avoir dormi et ce qu'un enregistrement montre ne coïncident pas, et l'écart va presque toujours dans le même sens.

CE QU'ON OBSERVE. Les personnes qui dorment mal surestiment le temps mis à s'endormir et sous-estiment le temps total dormi, parfois de plusieurs heures : certaines affirment n'avoir pas dormi de la nuit alors que l'enregistrement montre six heures de sommeil. Les bons dormeurs, eux, surestiment légèrement leur nuit. Le phénomène porte un nom : la mauvaise perception du sommeil.

POURQUOI. Le sommeil léger, qui occupe environ la moitié de la nuit, se vit mal comme du sommeil : réveillé pendant cette phase, on a l'impression d'avoir été éveillé tout du long. S'y ajoutent les micro-réveils, dont on ne garde aucun souvenir mais qui hachent la continuité perçue. Et surtout : l'éveil se mémorise, le sommeil ne se mémorise pas. Une nuit dont on ne retient que vingt minutes passées à regarder le plafond laisse le souvenir de vingt minutes.

CE QUE ÇA N'EST PAS. Ni de l'exagération, ni une erreur qu'il faudrait corriger. La personne rapporte fidèlement ce qu'elle a vécu, et l'expérience de la nuit compte autant que sa mesure : c'est elle qui détermine la fatigue du lendemain. C'est aussi pourquoi un agenda du sommeil, pourtant déclaratif, garde toute sa valeur.

L'EFFET LE PLUS UTILE. Savoir que l'on sous-estime ses nuits desserre un peu l'étau. La conviction de n'avoir pas dormi entretient l'inquiétude du coucher suivant, qui à son tour dégrade l'endormissement. Casser cette boucle ne demande pas de mieux dormir : il suffit parfois de savoir qu'on a dormi plus qu'on ne le croit.