Le sommeil polyphasique : ce qu'en disent les données

Dormir en plusieurs fois pour dormir moins : l'idée circule depuis longtemps, les preuves manquent.

L'idée consiste à fractionner le sommeil en plusieurs siestes réparties sur vingt-quatre heures, pour réduire le temps total dormi. Elle revient périodiquement, souvent adossée à des anecdotes historiques sur des personnages célèbres.

CE QUI EST VRAI. Le sommeil biphasique (une nuit plus une sieste) est répandu dans de nombreuses cultures et parfaitement physiologique. Il correspond au creux de vigilance de début d'après-midi. Et dans certaines contraintes extrêmes, comme la course au large en solitaire, le fractionnement est une nécessité opérationnelle, pratiquée sous surveillance et avec un coût assumé.

CE QUI NE TIENT PAS. L'affirmation selon laquelle on pourrait ainsi réduire son besoin total à deux ou trois heures par jour. Les données disponibles ne montrent aucune adaptation de ce type : le déficit en sommeil profond et paradoxal s'accumule, et les performances se dégradent comme dans n'importe quelle privation. Les récits de réussite reposent presque toujours sur des témoignages personnels, sans mesure.

L'ARGUMENT HISTORIQUE, très souvent cité, est fragile : le sommeil « en deux temps » décrit dans certaines sociétés préindustrielles était un sommeil nocturne coupé d'un éveil calme, pas un fractionnement destiné à dormir moins. La durée totale y était plutôt supérieure à la nôtre.

Ce que la démarche produit, en revanche, est bien documenté : une désynchronisation de l'horloge et une dette qui s'installe.