Le sommeil fragmenté, ou pourquoi sept heures ne font pas sept heures

Une nuit coupée n'est pas une nuit plus courte : c'est une nuit d'une autre nature.

Deux personnes passent sept heures au lit. La première dort d'un bloc. La seconde se réveille six fois, trois minutes à chaque fois. Elles ont dormi presque la même durée, et elles n'auront pas la même journée.

POURQUOI. Le sommeil profond et le sommeil paradoxal ne s'installent pas instantanément : ils demandent une progression à travers les stades légers. Chaque réveil renvoie au début du parcours. Une nuit hachée peut donc contenir très peu de sommeil profond tout en affichant une durée totale correcte.

LES MICRO-ÉVEILS INVISIBLES. Le plus troublant est que la plupart de ces interruptions ne laissent aucun souvenir. Il faut plus d'une à trois minutes d'éveil pour qu'un réveil soit mémorisé. Quelqu'un dont le sommeil est interrompu quarante fois par heure (ce qui est le cas dans une apnée sévère) peut être convaincu d'avoir dormi sans interruption.

C'est la situation décrite par ceux qui « dorment beaucoup et se lèvent épuisés ». Le problème n'est pas la quantité : c'est la continuité.

LES CAUSES, PAR FRÉQUENCE. Les apnées du sommeil. Les levers pour uriner. Une douleur. Le partenaire, ses ronflements ou ses mouvements. Un animal sur le lit. L'alcool en seconde moitié de nuit. Une chambre trop chaude, un bruit irrégulier, une lumière. Et, chez ceux qui en prennent, certains médicaments.

CE QUI SE VOIT DANS LES CHIFFRES. Une efficacité de sommeil basse (la part du temps au lit effectivement dormie) malgré une durée correcte. Une fréquence cardiaque nocturne qui ne descend pas. Un ressenti au réveil systématiquement mauvais.

Ces causes-là ne se corrigent pas par une meilleure hygiène de sommeil : elles se cherchent. C'est une raison de consulter, pas de se coucher plus tôt.