Se réveiller sans le savoir

Trois minutes : le seuil au-dessous duquel un réveil ne laisse aucune trace.

Une nuit normale contient de nombreux passages en sommeil très léger, et même de brefs éveils entre deux cycles. C'est physiologique : c'est ce qui permettait à nos ancêtres de rester sensibles à l'environnement.

La mémorisation d'un réveil demande une durée minimale d'éveil continu, de l'ordre de quelques minutes. En dessous, l'événement a bien eu lieu — un enregistrement le voit — mais il ne laisse aucun souvenir.

Deux conséquences opposées, et il faut connaître les deux.

LA PREMIÈRE : on peut avoir un sommeil très fragmenté et jurer de bonne foi qu'on a dormi d'une traite. C'est le cas de la plupart des apnées non diagnostiquées.

LA SECONDE : on surestime souvent le temps passé éveillé la nuit. Quelqu'un qui déclare avoir passé « trois heures les yeux ouverts » en a généralement passé beaucoup moins : le temps se déforme dans l'obscurité, et les périodes de sommeil léger sont fréquemment perçues comme de l'éveil. Ce n'est pas de la mauvaise foi, c'est une caractéristique de la perception.

C'est aussi pourquoi un agenda du sommeil déclaratif, tenu chaque matin, garde toute sa valeur malgré son imprécision : ce qu'il mesure fidèlement, c'est l'expérience vécue. Et c'est elle qui fait souffrir.