Ce qui se passe dans le corps quand on manque de sommeil

Nuit après nuit, dans l'ordre : l'attention, le sucre, l'appétit, le cœur, les défenses, l'humeur.

Le manque de sommeil modifie des paramètres mesurables, souvent dès la première semaine. Du plus rapide au plus lent.

L'ATTENTION, EN PREMIER. Après dix-sept à dix-neuf heures d'éveil continu, l'attention et le temps de réaction se dégradent dans des proportions comparables à celles observées avec une alcoolémie autour de cinq dixièmes de gramme par litre. Apparaissent aussi des micro-sommeils : des absences d'une à trois secondes dont on n'a aucune conscience. Au volant, une seconde à cent trente kilomètres-heure représente trente-six mètres parcourus les yeux ouverts et le cerveau absent.

LE SUCRE ET L'APPÉTIT, EN QUELQUES NUITS. La tolérance au glucose et la sensibilité à l'insuline se dégradent : c'est réversible en récupérant, et cela explique le lien observé entre sommeil court durable et diabète de type 2. En parallèle, la ghréline qui déclenche la faim augmente, la leptine qui signale la satiété diminue, et l'envie se porte sur le sucré et le gras. Consigne hormonale, pas manque de volonté.

LE CŒUR ET LES DÉFENSES. La nuit devrait s'accompagner d'une baisse de la tension artérielle de dix à vingt pour cent ; un sommeil court ou haché efface cette baisse et laisse le système d'alerte élevé. Côté immunité, la réponse aux vaccins est mesurablement moins bonne quand la nuit qui suit l'injection est courte.

L'HUMEUR ET LA MÉMOIRE. L'amygdale (la structure de l'alarme) devient hyperréactive tandis que le cortex préfrontal, qui la tempère, fonctionne moins bien : on réagit plus fort et on se retient moins. Le seuil de la douleur baisse. Et une nuit écourtée avant un apprentissage réduit l'encodage, après réduit la consolidation : réviser en dormant moins est doublement perdant.

LA BONNE NOUVELLE. La plupart de ces effets se corrigent avec quelques nuits complètes. Ce qui ne se rattrape pas d'un week-end, ce sont des années de dette chronique.