Quand la nuit se faisait en deux fois

Avant l'éclairage artificiel, se réveiller au milieu de la nuit était la norme, pas un symptôme.

Beaucoup de gens qui se réveillent vers deux ou trois heures du matin en concluent que leur sommeil est cassé. L'histoire suggère autre chose.

CE QU'ON TROUVE DANS LES TEXTES ANCIENS. L'historien Roger Ekirch a relevé, dans la littérature, les journaux intimes et les traités de médecine européens d'avant le dix-neuvième siècle, des centaines de mentions d'un « premier sommeil » et d'un « second sommeil ». Entre les deux, une période d'éveil d'une à deux heures, tenue pour parfaitement ordinaire : on priait, on discutait, on ranimait le feu. Personne ne s'en plaignait.

L'EXPÉRIENCE QUI A RELANCÉ LE SUJET. Dans les années 1990, le psychiatre Thomas Wehr a placé des volontaires dans quatorze heures d'obscurité par nuit, pendant un mois. Leur sommeil s'est spontanément scindé : une première période, un intervalle d'éveil calme d'une à trois heures, puis une seconde période. Les participants décrivaient cet intervalle comme paisible, pas comme une insomnie.

LA PART DE DÉBAT, ET ELLE EXISTE. D'autres travaux, menés auprès de populations vivant aujourd'hui sans éclairage artificiel, ont observé un sommeil plutôt d'un seul tenant. La nuit en deux temps était probablement une réponse aux longues nuits d'hiver des latitudes européennes, pas une loi universelle de l'espèce. C'est un contrepoint, pas une preuve.

CE QUE ÇA CHANGE POUR VOUS. Rien sur le plan pratique, beaucoup sur le plan mental. Se réveiller la nuit n'est pas, en soi, le signe d'un sommeil défaillant. Ce qui coûte, c'est l'heure passée à lutter contre ce réveil et à calculer ce qu'il reste à dormir — une lutte alimentée par la conviction qu'il ne devrait pas avoir lieu.