Quand la vie fait mal dormir
Deuil, séparation, chômage, procès : une insomnie qui a une cause, et qui n'est pas une maladie.
Une part importante des nuits blanches n'a rien d'énigmatique : quelque chose est arrivé. Un deuil, une rupture, une perte d'emploi, un procès, un diagnostic, un déménagement contraint. Le sommeil cède, et il cède d'autant plus que l'événement est récent.
C'EST UNE RÉACTION, PAS UN DÉFAUT. Le sommeil est l'une des premières fonctions à se dérégler devant une menace ou une perte, bien avant l'appétit, bien avant l'humeur. Un système qui reste en alerte quand la situation l'exige fait ce pour quoi il est conçu. Le décrire comme une pathologie ajoute un problème à un problème. La forme est presque toujours la même : un endormissement qui traîne, ou un réveil vers trois heures avec la même pensée qui revient.
CE QUI COMPTE, C'EST LA SUITE. La plupart de ces épisodes s'estompent avec la situation. Le point de bascule est ailleurs : le moment où les habitudes prises pendant la crise lui survivent. Se coucher très tôt pour rattraper, rester au lit le matin, s'installer au salon avec un écran à deux heures, boire un verre pour s'endormir. Ces réponses soulagent sur le moment et fabriquent, à la longue, une insomnie qui n'a plus besoin de l'événement pour continuer.
QUAND EN PARLER. Si les nuits restent difficiles plusieurs mois après que la situation s'est stabilisée, ou si la tristesse, la perte d'élan et l'anxiété occupent aussi les journées, c'est un motif de consultation à part entière. Le sommeil et le moral s'entretiennent l'un l'autre dans les deux sens, et il n'y a aucune raison de porter cela seul. Un médecin traitant est le bon premier interlocuteur.