Le sommeil et l'humeur, dans les deux sens
L'insomnie n'est pas seulement un symptôme de la dépression : elle la précède souvent.
Le lien entre sommeil et humeur a longtemps été lu dans un seul sens : on dort mal PARCE QU'on va mal. Les données ont renversé la lecture. L'insomnie précède fréquemment l'épisode dépressif, et sa présence multiplie le risque d'en développer un.
Le mécanisme est en partie compris. Une privation de sommeil rend l'amygdale — la structure qui déclenche l'alarme émotionnelle — nettement plus réactive, tandis que le cortex préfrontal, qui la modère, perd en efficacité. Les événements ordinaires sont perçus comme plus menaçants, et la capacité à relativiser diminue.
Cela a une conséquence pratique importante : traiter l'insomnie chez une personne déprimée améliore l'humeur au-delà de ce qu'expliquerait le seul gain de sommeil. Les prises en charge modernes ne considèrent plus l'insomnie comme un simple symptôme à attendre, mais comme une cible à part entière.
Un point de vigilance, sans détour : un réveil très précoce, répété, avec impossibilité de se rendormir et perte d'élan dans la journée, est un motif de consultation. Et des idées noires, à plus forte raison. Ce ne sont pas des questions d'hygiène de sommeil.