Votre montre sait-elle vraiment dans quelle phase vous êtes ?

Elle voit bien quand vous dormez. Elle devine quand elle annonce du sommeil profond.

Les objets grand public estiment le sommeil à partir du mouvement et, pour les plus récents, de la fréquence cardiaque et de sa variabilité. La référence, elle, est la polysomnographie : électrodes sur le cuir chevelu, mouvements oculaires, tonus musculaire.

CE QU'ILS FONT BIEN. Distinguer le sommeil de l'éveil, et estimer la durée totale, avec une précision honorable. Repérer l'heure d'endormissement et de réveil. Et surtout, suivre une TENDANCE sur plusieurs semaines : c'est là que leur valeur est réelle.

CE QU'ILS FONT MAL. Découper la nuit en stades. Les comparaisons avec la polysomnographie montrent des écarts importants sur la répartition léger, profond et paradoxal, avec une tendance générale à surestimer le temps de sommeil et à sous-estimer les éveils, parce qu'un dormeur immobile et éveillé ressemble beaucoup, pour un accéléromètre, à un dormeur endormi.

CONSÉQUENCE PRATIQUE. Le pourcentage de sommeil profond affiché un mardi matin n'a pas grand sens, et il ne se compare pas d'une marque à l'autre. Ce qui a du sens : la durée, l'heure d'endormissement, la régularité, la fréquence cardiaque nocturne et son écart avec le repos, et l'évolution de ces valeurs sur des semaines.

POURQUOI DEUX APPLICATIONS NE DONNENT JAMAIS TOUT À FAIT LE MÊME CHIFFRE. Noctera et Apple Santé peuvent lire exactement le même capteur, la même nuit, et afficher pourtant une heure de coucher ou une durée différentes de vingt à trente minutes. Ce n'est l'erreur d'aucune des deux : chacune choisit sa propre définition du « coucher » — dès qu'on s'allonge, ou seulement au premier signe d'endormissement détecté — et sa propre façon de compter les éveils. Un petit écart entre deux applications qui lisent la même donnée brute n'est donc pas un signal à surveiller, contrairement à un écart qui apparaîtrait entre deux nuits notées par la même application.

LE VRAI PIÈGE. Se coucher en pensant à son score, vérifier au réveil avant même de savoir comment on se sent, et s'inquiéter d'un chiffre. Ce phénomène a un nom, l'orthosomnie, et il fait dormir moins bien des gens qui allaient bien. Le ressenti au réveil reste le juge de paix : c'est la seule mesure qui n'a jamais besoin d'être calibrée.