La mauvaise nuit d'avant l'événement
Dormir ailleurs, ou dormir avant quelque chose d'important : le cerveau garde une garde.
Première nuit à l'hôtel, chez des amis, ou la veille d'un examen, d'un vol matinal, d'une intervention : le sommeil est plus léger, plus haché, et l'on se réveille au moindre bruit. Ce n'est pas une impression.
L'EFFET DE PREMIÈRE NUIT. C'est un phénomène décrit de longue date dans les laboratoires du sommeil, au point qu'on y écarte systématiquement la première nuit d'enregistrement : elle n'est pas représentative. Le sommeil profond y est réduit, les réveils plus nombreux, l'endormissement plus long.
CE QUI SE PASSE. Des travaux d'imagerie ont montré que, dans un environnement inconnu, les deux hémisphères ne dorment pas tout à fait de la même façon : l'un reste plus réactif aux sons, et il déclenche un éveil pour des bruits qui, en terrain connu, ne réveilleraient personne. On y voit une forme atténuée de ce que font certains animaux qui dorment un hémisphère à la fois. La deuxième nuit au même endroit, l'asymétrie s'estompe.
LA VEILLE D'UN ÉVÉNEMENT, C'EST AUTRE CHOSE. Là, ce n'est pas le lieu qui est inconnu, c'est l'enjeu. L'anticipation élève la vigilance, et l'inquiétude de mal dormir suffit à mal dormir — une nuit blanche annoncée est en partie une prophétie. Le cortisol du petit matin monte aussi plus tôt les jours où l'on sait devoir se lever tôt.
CE QU'IL FAUT EN SAVOIR. Une nuit courte avant un événement dégrade beaucoup moins les performances qu'on ne le redoute — l'organisme mobilise sans difficulté sur une journée. Ce qui coûte, c'est de passer la soirée à calculer le sommeil restant. Et pour un déplacement de plusieurs jours, le simple fait de savoir que la première nuit sera mauvaise, et qu'elle ne dit rien des suivantes, évite d'en tirer des conclusions.