Comment marche un somnifère
Il n'appuie pas sur l'interrupteur du sommeil. Il baisse le volume du cerveau.
Il n'existe pas de bouton « sommeil » dans le cerveau : aucun médicament ne peut appuyer dessus. Les somnifères font autre chose — ils réduisent l'activité générale des neurones, ce qui laisse le sommeil s'installer.
LE MÉCANISME. Le principal frein naturel du cerveau s'appelle le GABA : fixé sur son récepteur, il ouvre un canal qui rend le neurone plus difficile à activer. Les benzodiazépines et les molécules dites « Z » ne remplacent pas le GABA : elles se fixent à côté et rendent son action plus efficace. Le frein naturel freine plus fort.
CE QUE CELA DONNE. L'endormissement est plus rapide, les éveils moins nombreux. Mais comme le frein s'applique partout, on obtient aussi un relâchement musculaire, une baisse de la coordination et une altération de la mémoire des faits récents : c'est la même action, sur d'autres circuits. Et l'architecture de la nuit change : profond et paradoxal sont réduits, ce qui explique la fatigue résiduelle rapportée par beaucoup de personnes traitées depuis longtemps.
LA TOLÉRANCE ET LE REBOND. Le cerveau s'adapte à une stimulation prolongée de ses récepteurs en réduisant leur sensibilité : il en faut davantage pour le même résultat. Et à l'arrêt, le frein artificiel disparaît sur un cerveau qui a réduit ses freins naturels : l'insomnie revient souvent pire qu'avant. Ce rebond n'est pas la preuve que le médicament était nécessaire ; c'est la conséquence de son retrait.
⚠️ Rien de tout cela ne se décide ni ne se modifie seul. Un somnifère pris depuis des mois ne s'arrête jamais brutalement : la réduction se fait par paliers, avec le médecin qui l'a prescrit.